Louis XIV à la maison
Il suffit parfois d’un regard pour comprendre que quelque chose cloche. Vous entrez dans le salon, et votre enfant s’adresse à vous comme s’il était roi de Versailles, distribuant ordres et sanctions. C’est là que naît une question essentielle : et si vous viviez avec un enfant tyrannique à la maison ? Non, ce n’est pas une pièce de théâtre ni un remake éducatif de Game of Thrones. C’est une réalité silencieuse que vivent bien des familles.
Ce type de comportement, souvent banalisé ou mal compris, reflète un déséquilibre bien plus profond : celui de la structure familiale. Alors comment comprendre et surtout rétablir un climat plus sain ?
Le renversement des rôles familiaux : un signal fort
Le problème ne réside pas dans une simple crise de colère. Ce que l’on observe, c’est un véritable renversement hiérarchique. L’enfant n’est plus guidé, il dirige. Les parents ne fixent plus de cadre, ils s’y adaptent. C’est précisément ce que décrivait Emmanuel Todd : lorsque les repères générationnels vacillent, l’enfant comble le vide… souvent en prenant les commandes.
Ce que dit la psychologie : entre cinéma, schémas et structures
Prenons l’exemple du film Le Petit Criminel de Jacques Doillon. Le jeune Marc ne se contente pas d’opposer résistance. Il incarne l’excès d’un schéma nommé en schémathérapie « droit personnel exagéré ». Ce dernier pousse l’enfant à croire que ses besoins passent avant ceux des autres, sans conscience de l’autre.
Derrière ce schéma, on retrouve souvent un terreau fertile : des parents angoissés, culpabilisés, ou même en retrait. Et comme le rappelle Jerome Bruner, le développement de l’enfant est intimement lié à son environnement culturel et affectif.
Trouble oppositionnel et DMDD : le DSM-5 et ses limites
Lorsque le comportement dérape, deux diagnostics sont souvent posés :
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Le Trouble Oppositionnel avec Provocation (TOP) : la colère est ici un langage.
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Le Trouble Disruptif avec Dysrégulation Emotionnelle (DMDD) : chaque frustration devient une crise.
Cependant, ni l’un ni l’autre ne suffisent à expliquer le phénomène de l’enfant tyrannique, où l’autorité est non seulement défiée, mais renversée.
3 Piliers pour restaurer l’équilibre familial
Sécuriser l’autorité parentale
Reprendre sa place ne signifie pas devenir autoritaire. Cela passe par des routines stables et prévisibles, où les règles sont claires, constantes et expliquées. Les approches comportementales, comme celles de Barkley, sont efficaces ici.
Soutenir psychiquement l’enfant
L’enfant tyrannique n’est pas un « petit monstre », mais un enfant en souffrance. La schémathérapie permet de travailler sur ses intolérances à la frustration, sur ses attentes irréalistes, et de reconstruire un rapport plus sain à l’autorité.
Réinstaurer les frontières familiales
En thérapie systémique, il s’agit de remettre chacun à sa place. L’enfant redevient un sujet en devenir, et non plus un chef de famille improvisé.
Au lieu de chercher des coupables, pourquoi ne pas chercher des solutions ? L’enfant tyrannique n’est pas un problème, c’est le symptôme d’un système en difficulté. En tant que psychologue à Paris 13 et Paris 7, j’aide les familles à reconstruire ce cadre, à restaurer le lien et à apaiser les tensions.
#FAQ
Comment reconnaître un enfant tyrannique ?
Il impose sa volonté, résiste à toute contrainte, et dicte les règles au sein de la maison.
Est-ce que l’enfant tyrannique souffre ?
Oui. Souvent, il exprime par la domination une angoisse, un besoin de sécurité ou une faille affective.
L’enfant tyrannique est-il manipulé par ses parents ?
Pas consciemment. Mais des dynamiques inconscientes comme la culpabilité parentale favorisent ce comportement.
Qu’est-ce qu’un trouble oppositionnel avec provocation ?
C’est un trouble où l’enfant défie activement et constamment l’autorité sans considération des règles.
Le DMDD est-il la même chose qu’un enfant tyrannique ?
Pas tout à fait. Le DMDD est un trouble émotionnel, alors que le comportement tyrannique relève plus d’un système familial déséquilibré.
Un enfant tyrannique peut-il changer ?
Oui, avec un accompagnement adapté et une remise en place du cadre familial, des évolutions positives sont possibles.
Les écrans aggravent-ils ce comportement ?
Parfois. Ils peuvent alimenter l’impulsivité, surtout s’ils sont utilisés sans cadre ni régulation.
Faut-il punir un enfant tyrannique ?
Non. Il vaut mieux poser un cadre ferme mais bienveillant, et appliquer des conséquences éducatives, pas des sanctions humiliantes.
Que faire si je me sens dépassé en tant que parent ?
Cherchez du soutien. Thérapie familiale, groupes de parole, coaching parental… Il existe des solutions pour vous aider.
Peut-on prévenir ce type de comportement dès le plus jeune âge ?
Oui. En installant dès la petite enfance des repères stables, des limites claires et en valorisant l’expression émotionnelle sans violence.


