L’Art de l’évasion ce n’est pas l’art de la fugue.
Un pied dans chaque univers : Psychologue et Stratège du Changement
Dans mon quotidien, je jongle entre deux réalités complémentaires : psychologue le samedi, directeur spécialiste de la transformation organisationnelle en semaine. Cette double identité n’est pas une contradiction, mais une synergie qui nourrit ma compréhension des processus de transformation, qu’ils soient individuels ou collectifs.
Dans ces deux mondes, une mĂŞme problĂ©matique se pose : comment dĂ©passer les rĂ©sistances au changement et rĂ©inventer un rĂ©cit plus fonctionnel ? Car comme le dirait Steeve Mac Queen s’il avait lu Descartes :
ĂŠtre libre ce n’est pas faire ce que l’on veut. ĂŠtre libre c’est vouloir ce que l’on fait
L’organisation comme espace de travail et de conflit : Yves Clot et l’activité
Dans le champ de la psychologie du travail, Yves Clot apporte une perspective essentielle : le changement ne se décrète pas, il se travaille​. Une organisation, comme un individu, n’évolue pas simplement parce qu’on le lui demande. Elle se transforme lorsqu’elle redéfinit le débat sur la qualité du travail, qu’elle donne aux acteurs les moyens d’élaborer leurs conflits, et qu’elle ouvre un espace de développement plutôt qu’un simple cadre normatif.
Selon Clot, les tensions dans une organisation ne sont pas des obstacles, mais des moteurs de transformation. Tant qu’elles restent étouffées ou non reconnues, elles alimentent une résistance passive. Mais dès qu’elles deviennent des débats ouverts sur la manière de bien faire son travail, elles deviennent un levier d’innovation.
L’organisation en résistance : quand l’Institution devient prison
Comme un individu peut être enfermé dans un schéma d’échec en psychologie​, une organisation peut être piégée dans ses propres rigidités. Ces schémas institutionnels sont souvent hérités d’une histoire organisationnelle qui ne correspond plus aux enjeux actuels.
Symptômes d’une organisation en résistance
- Processus rigides ritualisés, empêchant toute adaptation.
- Travail en silos, freinant la transversalité et l’innovation.
- Narration institutionnelle figée, empêchant de se projeter dans l’avenir.
- Peurs collectives face aux évolutions, créant des stratégies d’évitement.
- Absence de débat sur la qualité du travail, menant à une perte de sens et à la démotivation.
Dans ce cadre, le travail n’est plus un espace d’accomplissement, mais une simple exécution de tâches standardisées. Clot souligne que la souffrance naît souvent de l’impossibilité d’agir sur son travail, de ne pas pouvoir le discuter et l’améliorer.
Sortir de la prison mentale : Une approche inspirée du Cinéma
Mon travail, dans ces contextes, consiste à être à la fois réalisateur et monteur du récit organisationnel. Comme dans La Grande Évasion, chaque transformation repose sur quatre étapes clés :
- Reconnaître les murs qui enferment l’organisation (rigidités, croyances obsolètes, peurs).
- Cartographier les alternatives en identifiant les marges de manœuvre réelles.
- Ouvrir le débat sur le travail réel, en créant des espaces où les tensions deviennent productives.
- Réinventer un récit collectif, permettant aux acteurs de se projeter dans un avenir désirable.
L’objectif n’est pas simplement de changer pour changer, mais de retrouver du pouvoir d’agir. Yves Clot parle de réanimer le débat professionnel pour redonner sens et vitalité au travail​.
Réécrire l’Histoire : Une nouvelle narration pour l’enseignement supérieur
Dans l’enseignement supérieur et la formation professionnelle, ces résistances sont particulièrement visibles. Il ne suffit pas d’ajouter du numérique ou de repenser les programmes. Ce qui est en jeu, c’est le rapport au travail des enseignants et des étudiants.
Les clés d’une transformation réussie :
✔ Repenser les parcours pédagogiques en fonction des réalités des étudiants et du marché.
✔ Sortir du débat technologique pour aborder le fond du métier d’enseignant et d’apprenant.
✔ Favoriser la transversalité entre disciplines et pratiques éducatives.
✔ Développer une culture d’expérimentation, où l’échec devient une opportunité d’apprentissage.
Ce n’est pas la technologie qui transformera l’éducation, mais la manière dont les enseignants et les étudiants se réapproprient leur rôle dans un monde en mutation.
Formation Professionnelle : Un laboratoire de transformation identitaire
La formation professionnelle est l’exemple parfait de cette convergence entre psychologie individuelle et transformation organisationnelle. Chaque personne en reconversion vit à la fois :
- Une mutation identitaire : se voir différemment, abandonner un rôle ancien, en construire un nouveau.
- Une adaptation aux transformations du travail : comprendre et intégrer les nouvelles compétences demandées.
Ici encore, le pouvoir d’agir est central. Une reconversion réussie ne repose pas simplement sur un apprentissage technique, mais sur une capacité à réécrire son propre récit professionnel.
Le passeur entre deux mondes
Cette double casquette psychologue/stratège du changement n’est pas une dichotomie, mais une complémentarité fertile. Comme le protagoniste d’Inception, je navigue entre différentes couches de réalité – la psyché individuelle et la culture organisationnelle – avec la conviction que les mêmes principes de transformation gouvernent ces deux dimensions.
La véritable évolution, qu’elle soit personnelle ou institutionnelle, repose sur un acte fondateur :
Accepter que nous sommes les auteurs de notre propre histoire et que nous avons le pouvoir d’en réécrire le script.
Alors, quelle histoire souhaitez-vous raconter pour votre organisation ? Et surtout, quel rĂ´le voulez-vous y jouer ?
#FAQ
Qu’est-ce que la transformation organisationnelle en psychologie du travail ?
La transformation organisationnelle consiste à modifier en profondeur les structures, les processus et la culture d’une entreprise afin d’améliorer son efficacité. En psychologie du travail, elle s’appuie sur la gestion des résistances au changement et le développement du pouvoir d’agir des collaborateurs.
Pourquoi parle-t-on de résistance au changement dans les organisations ?
Les organisations développent des routines et des habitudes qui, bien que parfois obsolètes, procurent une forme de stabilité. La résistance naît de la peur de l’inconnu, du manque de sens perçu et de l’absence d’espace pour négocier ces changements.
Comment Yves Clot conceptualise-t-il le rĂ´le du travail dans le changement ?
Yves Clot met en avant l’importance du travail comme espace de débat et de conflit. Selon lui, une organisation évolue lorsque les tensions deviennent des moteurs d’innovation et non des sources de blocage.
Quels sont les symptômes d’une organisation en résistance ?
Une organisation en résistance se caractérise par des processus rigides, un travail en silos, une narration institutionnelle figée, des peurs collectives et une absence de débat sur la qualité du travail.
Comment favoriser l’innovation en entreprise ?
L’innovation naît de la capacité à réinventer le récit organisationnel, à ouvrir des espaces de débat et à encourager la transversalité des pratiques professionnelles.
Quels parallèles peut-on établir entre psychologie et transformation organisationnelle ?
Tout comme un individu peut être enfermé dans un schéma d’échec, une organisation peut être piégée dans ses propres rigidités. La transformation implique donc un travail sur l’identité, la narration et les possibilités d’action.
Comment utiliser la psychologie pour surmonter les blocages au changement ?
Les méthodes issues de la psychologie, comme l’écoute active, la reformulation et la gestion des émotions, permettent d’accompagner les collaborateurs dans l’acceptation du changement et la projection vers un avenir motivant.
Quel est le rôle du récit dans le changement organisationnel ?
Le récit est un levier essentiel car il structure la manière dont une organisation se perçoit et se projette. Réécrire l’histoire de l’entreprise permet d’insuffler un nouveau dynamisme et de mobiliser les acteurs autour d’une vision partagée.
Pourquoi l’enseignement supérieur est-il un terrain propice aux résistances ?
L’enseignement supérieur repose sur des traditions et des structures souvent figées. Le changement y est freiné par des narrations institutionnelles anciennes, une réticence face aux nouvelles méthodes pédagogiques et une absence de prise en compte des évolutions du travail.
Comment réussir une reconversion professionnelle dans un monde en mutation ?
Une reconversion réussie ne repose pas uniquement sur l’apprentissage de nouvelles compétences, mais sur la capacité à se voir sous un nouveau jour et à redéfinir son identité professionnelle dans un contexte en perpétuelle évolution.


