Psychologue ancien directeur d’école de cinéma : comprendre les équipes par l’expérience
En tant que psychologue ancien directeur d’école de cinéma, mon parcours n’est pas un détour, mais un socle. Pendant plus de quinze ans, entre réalisation, direction d’établissements et accompagnement, j’ai observé les dynamiques humaines au plus près du réel.
Pendant cinq ans, j’ai dirigé une école de cinéma professionnelle à Paris. Avant cela, j’en avais dirigé une autre. Et avant encore, j’avais réalisé et produit des films pendant dix ans. Ce parcours constitue aujourd’hui la matière vivante de ma pratique en psychologie des organisations.
Un plateau de tournage est un laboratoire psychologique
Sur un plateau, tout se joue vite, sous pression. Les hiérarchies y sont visibles, les émotions à fleur de peau, les enjeux bien réels. Ce que la psychologie des organisations décrit en théorie — les dynamiques de pouvoir, les effets de groupe, la construction de l’identité professionnelle — s’y observe en temps réel, sans filtre.
Ce que j’y ai appris d’abord, c’est qu’une équipe ne tient pas seulement par les compétences. Elle tient par le récit commun qu’elle se raconte sur elle-même. Quand ce récit se fissure — à cause d’un conflit non résolu, d’une décision perçue comme injuste ou d’un silence devenu trop lourd — l’équipe se fragmente, même si chacun continue, en apparence, à faire son travail.
Ce que la direction d’une école apprend que les livres n’enseignent pas
Diriger une école de cinéma professionnelle, c’est habiter une tension permanente : former des individus tout en construisant une communauté. Les étudiants arrivent avec des ambitions fortes, des fragilités réelles et cette attente, souvent implicite, que l’institution va les transformer.
Ce que j’ai compris en les accompagnant, c’est que la transformation ne vient pas seulement de l’enseignement. Elle naît de l’expérience vécue dans un cadre suffisamment sécurisant pour permettre la prise de risque. Un étudiant qui se sent en sécurité essaie. Un étudiant qui ne se sent pas en sécurité se protège. La différence entre les deux ne tient pas au talent ; elle tient à l’environnement que l’institution construit.
C’est ce que la psychologie appelle l’agentivité : la conviction que l’on peut agir efficacement sur ce qui nous entoure. Elle ne se décrète pas. Elle se construit par des actes répétés, visibles et cohérents.
Ce que cela change dans ma pratique de psychologue
Aujourd’hui, lorsque j’accompagne un dirigeant en transition ou une équipe en transformation, je n’écoute pas seulement ce qui est dit. J’écoute aussi ce qui se répète, ce qui se tait, ce qui cherche à s’exprimer sans encore trouver le cadre pour le faire.
Cette écoute des signaux faibles, des non-dits et des dynamiques souterraines, je l’ai construite sur les plateaux de tournage et dans les salles de cours, bien avant de l’exercer en cabinet.
La première version d’une organisation n’est jamais la définitive. Comme celle d’un scénario. Comme celle d’une vie.
Laurent Jaudon est psychologue à Paris, certifié en thérapie des schémas et formé aux TCC. Il accompagne des dirigeants, des équipes et des individus en transition. Numéro RPPS : 10109806132.


