Vous vérifiez encore un dossier avant de quitter le bureau. Au lit, vous cherchez comment garantir la bonne décision du lendemain. Puis vous surveillez l’heure : il faut maintenant réussir à dormir.
Le travail continue, même dans le silence de la chambre.
Managers, dirigeants et personnes anxieuses peuvent rencontrer une même impasse : multiplier les efforts sans retrouver de marge de manœuvre. Certaines réponses finissent alors par entretenir la difficulté qu’elles cherchent à résoudre.
Travailler le système de manière paradoxale consiste à repérer cette boucle, puis à modifier la réponse habituelle.
Deux situations permettent de comprendre cette démarche : le contrôle dans le management et l’effort pour trouver le sommeil.
Les exemples suivants sont fictifs et illustratifs. Ils ne décrivent pas des personnes reçues en consultation.
Manager au bord de l’épuisement : quand tout vérifier augmente la charge
Une responsable encadre douze personnes. Elle relit les courriels sensibles, valide les décisions courantes et reprend les dossiers inachevés.
Son téléphone vibre pendant le dîner. Elle répond pour éviter que le travail s’accumule.
Progressivement, ses collaborateurs prennent l’habitude de la solliciter avant d’agir. Les demandes augmentent. Elle conclut qu’elle doit rester disponible pour que l’équipe fonctionne.
La boucle s’installe : plus elle reprend les décisions, plus les décisions lui reviennent.
Sa conscience professionnelle devient le point d’appui d’une organisation qui dépend excessivement d’elle. Lui demander de « mieux gérer son stress » laisse intacte cette répartition du travail.
Modifier une règle de fonctionnement
Dans cette situation, une première expérience consiste à délimiter les décisions que l’équipe peut prendre directement.
Les critères sont précisés. Les exceptions sont définies. Un temps de revue remplace certaines validations préalables.
La responsable peut formuler le cadre ainsi :
« Sur ce périmètre, vous prenez la décision. Nous examinerons ensemble les résultats vendredi. Vous me sollicitez immédiatement uniquement dans les situations définies. »
Le paradoxe apparaît : réduire certaines vérifications peut contribuer à construire une autonomie plus fiable.
Cette évolution exige aussi des arbitrages sur les ressources et les priorités. Une charge excessive ne se résout pas uniquement par la délégation.
L’accompagnement psychologique aide à examiner ce qui rend cette modification difficile : peur de décevoir, exigences élevées, culpabilité ou sentiment de devoir tout porter.
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Dirigeant : décider dans l’incertitude sans rechercher une garantie impossible
Pour un dirigeant, la même boucle peut prendre une autre forme.
Une décision engage l’entreprise. Il demande une nouvelle analyse, puis un avis supplémentaire. Chaque information apporte un éclairage, mais ouvre aussi de nouvelles questions.
L’analyse reste nécessaire. Elle devient moins utile lorsqu’aucune information ne paraît suffisante pour autoriser une décision.
Le travail consiste alors à préciser :
- les informations réellement indispensables ;
- les risques acceptables et les limites à respecter ;
- les éléments réversibles de la décision ;
- l’échéance de l’arbitrage ;
- les circonstances qui justifieront une révision.
Décider dans l’incertitude demande de construire un cadre de jugement suffisamment solide pour agir.
Dans l’exemple précédent, la responsable doit elle aussi accepter une part d’incertitude. Elle ne peut développer l’autonomie tout en exigeant de connaître chaque choix à l’avance.
Un espace de consultation permet d’examiner ces tensions sans devoir maintenir en permanence une posture de maîtrise.
Anxiété et insomnie : quand dormir devient une performance
Deuxième scène. Une personne se couche tôt pour préparer une journée exigeante. Elle calcule les heures de sommeil disponibles.
À chaque réveil, elle consulte l’heure. Elle observe sa respiration et vérifie si la détente arrive.
« Si je ne dors pas maintenant, demain sera impossible. »
Le lit devient progressivement un lieu d’évaluation. La fatigue est présente, mais l’attention reste mobilisée par la recherche du sommeil.
L’effort pour dormir peut alors participer au maintien de l’éveil. Ce mécanisme n’explique pas toutes les insomnies.
Réduire la lutte autour du sommeil
Le déplacement consiste à travailler sur la pression associée au sommeil et sur les habitudes qui entretiennent cette vigilance.
Dans un accompagnement adapté, les pensées concernant la nuit et ses conséquences sont examinées. Les rythmes, les comportements et le temps passé au lit peuvent également être abordés.
Les thérapies cognitives et comportementales font partie des prises en charge de l’insomnie chronique. Elles associent plusieurs composantes, au-delà des seuls conseils d’hygiène de vie. Source : Assurance Maladie, traitement de l’insomnie.
Le paradoxe se situe ici : cesser de transformer l’endormissement en obligation peut diminuer une partie de la tension qui l’entoure.
Il ne s’agit pas de se priver volontairement de sommeil. Les exercices spécifiques doivent être adaptés à la situation clinique.
Lorsque les troubles persistent ou perturbent la journée, consultez également votre médecin. Une insomnie peut avoir plusieurs causes, qui doivent être évaluées.
Ce que ces deux situations ont en commun
Au bureau, la personne multiplie les vérifications pour sécuriser le travail. La nuit, elle surveille son sommeil pour sécuriser le lendemain.
Dans les deux exemples, une réponse compréhensible devient répétitive et coûteuse.
L’accompagnement commence par une observation précise : que se passe-t-il, que faites-vous ensuite, et avec quelles conséquences ?
Comme au cinéma, élargir le cadre change la lecture d’une scène. Un visage tendu ne raconte pas, à lui seul, les contraintes qui pèsent sur une personne.
Cette attention au contexte permet de distinguer les habitudes personnelles, les relations et les conditions concrètes du travail. Chacune appelle des actions différentes.
Consulter Laurent Jaudon à Paris 13, Paris 14 ou en visio
Je suis Laurent Jaudon, psychologue. Mon parcours associe psychologie, écriture, réalisation et direction d’écoles de cinéma. Mon approche mobilise notamment la thérapie des schémas, les TCC et l’approche orientée solution.
J’accompagne les personnes confrontées à des répétitions qui réduisent leur capacité d’action.
Vous pouvez consulter lorsque :
- votre rôle de manager s’accompagne d’une fatigue persistante et d’une disponibilité devenue envahissante ;
- vos responsabilités de dirigeant alimentent des hésitations et des ruminations ;
- votre anxiété occupe les soirées et s’accompagne de difficultés de sommeil.
La première rencontre permet de préciser votre demande, d’examiner votre situation et de définir les suites adaptées. Une coordination ou une orientation vers un autre professionnel peut être nécessaire.
Prendre rendez-vous avec Laurent Jaudon, psychologue à Paris 13 et Paris 14
Les consultations sont également proposées en visioconférence.
Questions fréquentes
Faut-il attendre un burn-out pour consulter ?
Vous pouvez consulter dès que le travail empiète durablement sur votre récupération ou votre vie personnelle. Une fatigue persistante mérite également un avis médical. La démarche permet d’évaluer la situation avant de décider des ajustements nécessaires.
Un psychologue peut-il accompagner un dirigeant qui doit prendre une décision ?
Oui. Le travail peut porter sur l’anxiété, les conflits de valeurs et les exigences qui entravent le jugement. La décision professionnelle reste celle du dirigeant.
L’anxiété explique-t-elle toutes les insomnies ?
Non. Elle peut y contribuer, mais les troubles du sommeil peuvent aussi avoir des causes médicales, environnementales ou médicamenteuses. L’évaluation guide la prise en charge.
L’approche paradoxale consiste-t-elle à faire l’inverse de ses habitudes ?
Elle consiste à examiner les effets d’une réponse habituelle et à essayer un changement pertinent. Une inversion systématique serait une nouvelle règle rigide.
Retrouver une marge d’action commence par un changement suffisamment précis pour être observé. La prudence guide ce choix, le courage permet de l’engager et la juste mesure lui donne sa portée.







